19 février 2026

Par karena

Le trésor méconnu des biotechnologiesmarines


Au Québec, la moitié du produit de la pêche finit à la poubelle, déplore Laurent Girault, responsable duCentre d’expertise en bioressources et biotechnologies de Merinov, qui développe des solutions novatricespour valoriser 100 % de la biomasse marine (poissons, algues, crustacés, etc.). Pourtant, ces coproduitsmarins ont un potentiel commercial on ne peut plus intéressant… »


Certaines entreprises l’ont bien compris. Dans le Bas-Saint-Laurent, Océan Nutrasciences, fondée en 1999à Matane, et innoVactiv, créée en 2004 à Rimouski, se spécialisent dans la valorisation des crustacés, desalgues et des poissons. Elles en tirent des ingrédients utilisés, entre autres, pour fabriquer des cosmé-tiques ou des suppléments alimentaires.


Il se trouve en effet que nombre de coproduits marins permettent de diminuer les risques liés notammentau diabète, aux maladies cardiovasculaires ou aux problèmes d’articulation.
Un autre exemple concerne OrganicOcean, aussi dans le Bas-SaintLaurent. Cette entreprise de biotechno-logie élabore des biofertilisants à partir d’algues marines, lesquels sont à même de rendre des plantationsagricoles plus performantes et plus résistantes à certaines maladies.


Ce n’est pas tout. De jeunes pousses tentent aujourd’hui de percer le marché, indique Erwann Fraboulet,chercheur gestionnaire de l’unité des bioprocédés, de la valorisation et du transfert industriel au Centre derecherche sur les biotechnologies marines (CRBM), à Rimouski. Il cite en guise d’exemples Chyono Bio-tech, qui fabrique des anticorps en utilisant une protéine du crabe des neiges, et CaCO3 Biotech, qui extraitla nacre et le calcaire des déchets de la transformation de mollusques en Gaspésie pour en faire des bijoux,des cosmétiques ou des abrasifs.


Quant à lui, le CRBM mène de front plusieurs travaux de recherche visant à découvrir de nouvelles utilisa-tions potentielles des coproduits marins.


Par exemple, l’un d’eux concerne la possibilité d’introduire des microalgues dans l’alimentation desvaches afin de réduire leurs émissions de méthane. Un autre considère l’emploi du calcium contenu engrande proportion dans les coproduits des mollusques, des crabes et des homards, mais qui n’a pourl’heure que peu de débouchés commerciaux, note Erwann Fraboulet.


Que manque-t-il donc pour faire décoller la valorisation de cette manne potentielle ? « Nous avons lamatière première, les procédés et des clients intéressés, aussi bien au Québec qu’à l’international, maisnous manquons d’entrepreneurs prêts à lancer et à piloter des entreprises de transformation dans l’est duQuébec, là où se trouvent les ressources », affirme Laurent Girault.


Il précise qu’il ne faut pas se leurrer : de manière générale, les transformateurs de crevettes, de crabes desneiges ou de poissons ne sont pas des spécialistes de la production d’ingrédients pour l’industrie pharma-ceutique ou nutraceutique, et ne le deviendront probablement jamais. Ils sont prêts à fournir la ressource,mais pas nécessairement à se lancer dans l’aventure eux-mêmes.


Erwann Fraboulet ajoute que l’est du Québec ne dispose pas de gros transformateurs de ressourcesmarines, contrairement aux Maritimes et au Maine. « La crainte récurrente, c’est que l’approvisionnements’avère insuffisant pour alimenter à long terme un projet de valorisation des coproduits », dit-il en guised’explication.


De surcroît, il est difficile de trouver le financement nécessaire pour commercialiser un projet de biotech-nologie marine, contrairement à la recherche, « qui est assez bien soutenue », poursuit-il.
Les actuelles tensions commerciales avec les États-Unis n’aident pas non plus à stimuler de nouvelles ini-tiatives d’entrepreneuriat.


Cela étant, de belles histoires entrepreneuriales existent. Née en 2016, Océan de saveurs est une entreprisegaspésienne spécialisée dans la cueillette et la transformation d’une quinzaine d’espèces d’algues qu’ellerécolte au Québec et dans les Maritimes. Son fondateur, Antoine Nicolas, en parle comme des « légumesde mer », étant utilisés comme aliments (produits frais, séchés ou en flocons).
Ses produits sont distribués dans 750 points de vente au Québec et en Ontario. Ils sont aussi vendus enligne, sur des sites web comme Maturin ou Amazon. L’entreprise approvisionne en outre des restaurantsgrâce à une entente avec Service alimentaire Gordon, une entreprise de distribution alimentaire à l’échellede l’Amérique du Nord.


De son côté, Samuel Fortin a fondé SCF Pharma en 2009, à Rimouski. « Nous avons développé des monoglycérides d’oméga-3,une forme d’acide gras que les humains absorbent de deux à trois fois plus facilement que les oméga-3traditionnels », dit-il.


SCF Pharma vend des licences et réinvestit ses redevances dans la recherche et le développement. Sonprincipal distributeur est High 5 Health Group, de Montréal. « Ils distribuent nos produits au Canada, auMexique et aux États-Unis, et sont en train de prospecter le marché asiatique, notamment la Corée du
Sud », dit l’entrepreneur.

Le trésor méconnu des biotechnologies marines
Les Affaires, 18 févr. 2026 – Jean-François Venne


Partager cet article

Twitter
Facebook
LinkedIn
Courriel