Image mise en avant pour "Demain, des algues pour transporter vos cadeaux de Noël?"

22 December 2023

Par karena

Demain, des algues pour transporter vos cadeaux de Noël?


Votre coton ouaté à l’effigie du Grincheux, les guirlandes qui ornent le bureau, la rôtissoire que vous utiliserez pour votre dinde: presque tout ceci a pris la mer. L’Organisation maritime internationale vise une réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au transport maritime d’ici à 2050. Plusieurs armateurs font aujourd’hui le choix des biocarburants et ceux produits à l’aide de microalgues sont particulièrement prometteurs.

Objectif décarbonation

Environ 90% des échanges internationaux se font par bateau. Bien que nous n’en soyons pas toujours conscients, le transport maritime est au cœur de nos économies et de nos vies. Le bateau reste le moyen de transport de marchandises le moins polluant relativement aux masses déplacées et aux distances parcourues. Cependant, il représente aujourd’hui encore 3% des émissions mondiales de CO2.

Les acteurs du monde maritime ont fait de la décarbonation leur priorité numéro un dans un contexte d’accroissement exponentiel du commerce international et d’orientation des chaines de valeurs vers plus de durabilité. Depuis 2020, plus de 230 organisations —dont nos locaux FedNav et le Port de Montréal— supportent ainsi l’Appel à l’action pour la décarbonation du transport maritime. Son objectif central est l’atteinte de la neutralité carbone des opérations du secteur d’ici à 2050.

Parmi les différentes solutions mises en œuvre, les biocarburants ont le vent en poupe. Réduction des émissions de GES, diminution de la dépendance énergétique, potentiel de valorisation des matières résiduelles, possibilité d’être utilisés dans les navires déjà existants: les avantages sont nombreux.

Les biocarburants, un virage stratégique

Plusieurs grands donneurs d’ordres tels que Volvo Cars, Nestlé et Ikea ont fait le choix des biocarburants au cours des dernières années. Ce mois-ci, ce sont les géants internationaux du transport maritime Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd, MSC et Wallenius Wilhelmsen qui faisaient une déclaration commune à la COP28. Ils appellent ensemble à la fin de la construction de navires à énergies fossiles et à la transition vers des carburants verts. Plus près de nous, Canada Steamship Lines utilise depuis 2019 et de façon croissante des biocarburants dans ses navires.

L’usage des biocarburants n’est cependant pas sans défis. Les deux principaux sont ceux des biomasses et des terres mobilisées pour les produire. Les biocarburants de première génération utilisent des biomasses alimentaires telles que des céréales. Cela n’est pas sans soulever les controverses alors que la sécurité alimentaire mondiale est loin d’être assurée. Ceux de deuxième génération sont produits quant à eux à partir de ressources non alimentaires telles que du bois, de la paille ou des résidus de cultures.

Les biocarburants de deuxième génération nécessitent ainsi moins de terres que les premiers pour être produits. Néanmoins, ils font toujours courir le risque d’un changement de l’allocation des sols (par exemple de cultures vivrières vers des cultures destinées aux biocarburants). Les algues dessinent aujourd’hui des solutions qui pourraient nous sortir de ce dilemme. À nous d’y investir!

La révolution des algocarburants

La troisième génération de biocarburants est basée sur l’utilisation des algues, tout particulièrement des microalgues. Celles-ci sont parmi les plus anciens des êtres vivants sur notre planète, mais aussi parmi les plus fascinants.

Les microalgues peuvent être cultivées en bassins ou dans des bioréacteurs. Elles ont ainsi l’immense avantage de pousser vite et sans nécessiter de terres arables. De plus, grâce à la photosynthèse, elles dépolluent en produisant de l’oxygène tout en captant le CO2. Elles sont en outre capables de «digérer» toute sorte de biomasses pour en faire des lipides, dont des matières résiduelles organiques. Cette caractéristique en fait des alliées de choix en matière d’économie circulaire. C’est cette huile produite par les algues qui est convertie en biocarburants.

En France, les équipes du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives travaillent depuis plusieurs années au développement de ces biotechnologies et à leur mise à l’échelle industrielle. Au Québec, le Centre de recherche sur les biotechnologies marines mène en collaboration avec les entreprises Agropur et Greenfield Global ainsi que d’autres centres de recherche de la province un projet de valorisation de résidus de l’industrie laitière en biocarburant pour le transport maritime.

Dépollution via le captage du CO2, augmentation de notre souveraineté énergétique, valorisation des matières résiduelles: les avantages des algocarburants sont nombreux. Leur potentiel est immense eu égard aux défis de la décarbonation de nos sociétés. En vous endormant la veille de Noël, si vous rêvez à Rudolph et son joli nez rouge, n’oubliez pas d’avoir une petite pensée pour les microalgues. Dans quelques années, ce sont probablement elles qui permettront à vos cadeaux d’arriver au pied du sapin!

Source : Marina Soubirou, Journal Les Affaires


Partager cet article

Twitter
Facebook
LinkedIn
Courriel